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Les journées du patrimoine 2013 (Partie 3) Marchant sur les fous

Publié le 21 Septembre 2013 par InfestedGrunt

Après avoir visité l'Université Paul Sabatier et le CREPS, je décide d'aller visiter le lieu le plus cité par les toulousains mais peu visité, le Centre Hospitalier Marchant. Il est connu dans l'agglomération pour héberger les malades psychiatriques.

Le centre Marchant a été créé en 1863 afin de regrouper les services de soins des aliénés des hôpitaux de Toulouse, en particulier celui de l'hôpital La Grave. Le docteur Jean-Baptiste Delaye, soutenu par le docteur Jean-Etienne Esquirol, obtient du Conseil Général la construction d'un bâtiment de traitement des aliénés dans le lieu-dit Braqueville du domaine Gironis, loin du centre-ville de Toulouse. Il confia la réalisation à l'architecte Jacques-Jean Esquié, qui sera primé pour ces bâtiments (deuxième à l'exposition universel de Paris en 1867).

A l'inauguration de l'asile de Braqueville, Esquirol n'est plus et le Docteur Delaye doit laisser la direction à son adjoint, le Docteur Marchant. Hélas pour le docteur, un de ses patients le tue lors d'une visite en 1881 et il fût enterré au sein de l'établissement, selon sa volonté. L'Asile de Braqueville devient ainsi l'hôpital Marchant.

Même en étant éloigné du centre de la ville, cette dernière s'est rapprochée petit à petit de l'asile avec la construction de l'ONIA, l'Office National Industriel de l'Azote, et futur AZF, en 1924 et la construction du quartier Bellefontaine.

Porte d'entrée de Marchant

Porte d'entrée de Marchant

L'asile de Braqueville était composé d'un bâtiment principal en forme d'enceinte avec une église, de bâtiments séparés et des bâtiments techniques.

Le bâtiment principal est divisé en 2 ailes de soins (1 pour les hommes, 1 pour les femmes) séparés par la Cour d'Honneur, la porte triomphale et la chapelle. La porte triomphale était l'entrée principal avec un buste du Docteur Esquirol qui a influencé l'architecture.

Les deux ailes du bâtiment principal et les visages des docteurs ayant inspirés l'organisation
Les deux ailes du bâtiment principal et les visages des docteurs ayant inspirés l'organisationLes deux ailes du bâtiment principal et les visages des docteurs ayant inspirés l'organisation

Les deux ailes du bâtiment principal et les visages des docteurs ayant inspirés l'organisation

Chaque aile est organisé en 7 bâtiments correspondant aux 7 maladies des docteurs Delay et Marchant : les aliénés atteints de folies rémittentes, les aliénés gâteux, les aliénés tranquilles incurables, les imbéciles, les épileptiques, les aliénés en loge et les aliénés en traitement. Si certaines intitulés de "maladies" me sont difficilement compréhensibles, je connais une aile qui a du avoir du succès (et en aurait même aujourd'hui)

Les malades fortunés ont, cependant, droit à un traitement de faveur. En effet, des habitation à l'extérieur des ailes étaient prévus afin de les accueillir avec leurs serviteurs.

Les ailes de l'asile, un batiment des malades riches et l'oeuvre d'un patient aimant les gendarmes
Les ailes de l'asile, un batiment des malades riches et l'oeuvre d'un patient aimant les gendarmesLes ailes de l'asile, un batiment des malades riches et l'oeuvre d'un patient aimant les gendarmes

Les ailes de l'asile, un batiment des malades riches et l'oeuvre d'un patient aimant les gendarmes

Au centre du bâtiment, la chapelle permettait aux malades et au personnel de prier. Elle est divisée en deux parties comme pour le reste du bâtiment (un accès pour les femmes, un accès pour les hommes). Malheureusement, l'explosion de l'usine AZF en 2001 a endommagé la chapelle. Cette dernière n'a pas pu être restauré et le Centre Hospitalier recherche des donateurs pour sa couteuse réfection.

la chapelle et ses entrée
la chapelle et ses entréela chapelle et ses entrée

la chapelle et ses entrée

L'asile était isolée du reste de la ville. Derrière la chapelle se tient un bâtiment en hémicycle qui accueille les ateliers. Pouvant fonctionner quasiment en autarcie, l'asile de Braqueville accueillait de nombreux ateliers (restaurant, briquetterie, chauffage,...) auxquels participaient les patients. Le travail était considéré comme partie intégrante du soin.

Le travail des aliénés ont permis d'agrémenter les locaux : cela passe des décorations des ailes à la maintenance des escaliers. Des jardins étaient mis à disposition du personnel et des malades afin de cultiver des fruits et des légumes.

Avec l'accident d'AZF, certains bâtiments ont du être rasés comme la briquetterie dont il ne reste plus que la cheminée.

les ateliers et la cheminée de la briquetterie
les ateliers et la cheminée de la briquetterie

les ateliers et la cheminée de la briquetterie

L'explosion d'AZF en 2001 a particulièrement touché le Centre Hospitalier Marchant, à cause de sa proximité avec le site. Les équipes médicales ont pu intervenir autant dans le Centre que sur les sites voinsins d'AZF, de Tolochimie, de Sanofi et de Tisseo.

La plupart des bâtiments principaux du Centre Hospitalier ont subi des dommages structurelles (pilier porteur fissuré, toit effondré, vitre brisé,...). Les locaux n'étaient plus utilisables. Les patients ont été transférés sur les autres centres médicaux psychiatriques de la région, voir même jusqu'à Agen.

Depuis 2001, le bâtiment principal a été refait et accueille, à nouveau, l'administration tandis que de nouveaux bâtiments ont été construits pour accueillir les patients, mais de plain-pied. Les anciens bâtiments utilisés pour les patients sont en cours de réhabilitation avec l'objectif d'en faire des locaux et des bureaux (1600 m2 au bas mot).

Le Centre Hospitalier Marchant n'accueille pas que des malades psychiatriques. Avec l'installation d'une maison d'arrêt à Muret et d'un centre de détention à Seysses, il s'est constitué un bâtiment carcéral pour soigner les patients venant de ces 2 lieux de privation de liberté.

Les journées du patrimoine 2013 (Partie 3) Marchant sur les fous

Le Centre Hospitalier Marchant n'est pas le lieu austère dont pourrait imaginer lorsque nous le regardons depuis la route d'Espagne, la rocade, ou le train sur la ligne Toulouse-Tarbes ou Toulouse-Pamiers. Dans les 2 derniers cas, nous regardons l'Hôpital carcéral (mauvaise pioche).

Les docteurs Delay et Marchant avaient bien fait d'imaginer un cadre agréable avec de l'espace pour le traitement des patients. C'est d'ailleurs cette esprit qui prédomine encore dans les nouvelles installations.

S'il reste un centre de traitement, l’Hôpital est tourné vers l'avenir et pas seulement en psychiatrie. Elle accueille une école d'infirmière. L'Oncopole et le Cancéropole tout proche en sont aussi des signes.

Le timing aidant, j'ai écrit ce post le jour anniversaire de l'explosion d'AZF qui reste une marque indélébile dans l'histoire toulousaine. Si elle touche encore les esprits, elle a fait de nombreux dégâts sur ce lieu qui devait être magnifique et agréable.

Dans un prochain, je parlerais de mon 21 septembre 2001.

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